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En 1670, Charles II, roi d'Angleterre concéda à son cousin le prince Rupert toutes les terres drainées par le système de rivières se déversant dans la Baie d'Hudson et du même coup forma la fameuse Compagnie de la Baie d'Hudson (HBC): The Company of Adventurers of England Tradeing into Hudson's Bay. La noblesse anglaise liée à la cour du roi investit sérieusement dans l'aventure quand, après la première expédition réussie de Médart Chouart des Groseillers sur le Nonsuch, ils furent convaincus qu'il s'agissait là d'une stratégie efficace pour regarnir leurs coffres. C'était aussi une façon d'attaquer les réseaux de traite des fourrures développés par les Français par voies d'eau à l'intérieur des terres. Radisson et Des Groseillers constituaient la tête de pont de ce réseau, ayant personnellement conclu des traités avec les multiples tribus indiennes qui alimentaient la Nouvelle France en peaux de castor. Arnaqués par l'administration française, ceux-ci avaient échafaudé un plan qu'il proposèrent avec succès aux Britanniques pour siphonner la fourrure des régions de l'Ouest à partir de la Baie d'Hudson. Comme la Compagnie des Indes Orientales, la HBC était une association semi-publique d'intérêts privés destinée à accumuler des fortunes colossales dans la métropole londonienne sous la protection politique et surtout militaire de l'État britannique. Par exemple, c'est grâce à ces seules conditions si la HBC a pu conserver son monopole sur la traite des fourrures au Canada à partir de 1821, après avoir perdu presque la totalité de ses sources d'approvisionnement en fourrures au main de la Compagnie du Nord-Ouest(CNO), une organisation commerciale développée à Montréal par des marchands écossais utilisant les réseaux de traite des Métis de l'Ouest. Une loi du parlement de Londres prit soin de rétablir le monopole de la HBC en obligeant la CNO à s'y fusionner (Newman). La Terre de Rupert que le roi Charles II avait concédé à son cousin le Prince Rupert en 1670 comprenait tout le bassin hydraulique de la baie d'Hudson. Pratiquement, ça incluait donc tout le Nord du Canada jusqu'aux Rocheuses, sans oublier toutes les plaines de l'Ouest maintenant occupées par les provinces canadiennes. En 1869, la HBC abandonna ses terres au nouveau Dominion du Canada, ne conservant que ses 120 postes de traite(Newman). Cette décision provoqua la révolte des Métis de la Rivière Rouge qui réclamèrent un statut provincial où leur mode de vie, leur langue et leur religion serait protégée par la loi. Ils obtinrent le statut de province en 1870, mais dans les faits furent chasser de leurs terres à coup de triques par les nouveaux immigrants orangistes qui affluaient de l'Ontario ! Des auteurs sérieux comme Donald Purich (The Inuit and their Land) pensent que cette triste épisode de l'histoire canadienne devrait être méditée par les leaders inuit du Nunavut à la veille de la création du nouveau Territoire, le Nunavut.* Sous l'il indifférent du nouveau gouvernement, déjà absorbé à consolider l'unité nationale d'un océan à l'autre et balbutiant ses premières prétentions d'autonomie par rapport à Londres, le Nord canadien fut abandonné au "méchant oncle" (Crow) que fut la Compagnie de la Baie d'Hudson, plus soucieuse de sa marge de bénéfice que du sort des autochtones. L'abandon par les baleiniers de milliers de carcasses de grandes baleines qui s'échouaient au hasard des côtes à la fin du siècle dernier a déclenché dans le cycle biologique une prolifération de renards arctiques. D'autre part, avec le départ des derniers baleiniers, les Inuit avaient perdu leurs fournisseurs en biens importés. D'une pierre, deux coups, la HBC va se lancer dans la commercialisation mirobolante des renards arctiques tout en offrant aux Inuit des biens de consommation courante. Tout de suite après la première guerre mondiale, donc à partir de 1918, le prix des peaux de renards arctiques atteignent des sommets fabuleux. On payait de $30 à $70 au trappeur. Ce qui fait qu'un trappeur moyen qui vendait près de 300 peaux dans sa saison pouvait aller se chercher un revenu de $9000 à $18000 par année quand le revenu moyen d'un travailleur canadien à cette époque plafonnait autour de $1000 par année ! (Crow :113) Les bons trappeurs Inuit devinrent du jour au lendemain de sérieux acheteurs de gramophones, de machines à coudre, de bateaux à moteur, de vêtements de toute sorte... sans oublier toute la quincaillerie nécessaire pour la chasse, la pêche et la trappe ! Beaucoup plus que la chasse à la baleine, le trappage du renard va déplacer les Inuit de leurs itinéraires traditionnels. Par exemple l'hiver, au lieu de s'enfoncer à l'intérieur des terres pour chasser le caribou, ils vont rester à trapper le renard près des régions côtières. Cette perturbation des cycles traditionnels de la chasse va rendre les Inuit de plus en plus dépendants de la HBC(Crowe) en modifiant entre autre chose leur diète et leur habillement. Or le marché des peaux de renard ne sera jamais stable. Comme dans l'ensemble de l'économie marchande, la demande obéit à des cycles. Avec la crise de 1929, la demande pour le renard arctique va s'effondrer. Une fois de plus, les Inuit, de plus en plus détournés de leur mode de subsistance traditionnel feront face à une désolation extrême. La même conjoncture défavorable se reproduira dans les années qui suivront la seconde guerre mondiale.
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