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Célébrations du 1er Avril

Célébrations


   


Un texte de Mélanie Gagnon
(Université Laval, Québec)

COLLOQUE NORD-LAVAL 1999 :

LA RECHERCHE DANS LE NORD ET AUPRÈS DES AUTOCHTONES BRILLE PAR SA VIVACITÉ ET SON RENOUVEAU

(Québec) Cette année encore, des étudiants et étudiantes membres du GÉTIC (Groupe d'études inuit et circumpolaires) ont donné de leur temps pour organiser un événement digne de mention : le Colloque Nord-Laval en sciences humaines 1999 tenu les 18 et 19 mars derniers. En reprenant et améliorant la formule expérimentée l'an dernier, le comité organisateur nous a donc offert un colloque étalé sur deux jours, où se sont succédées conférences en amphithéâtre et communications en ateliers thématiques. Nous avons ainsi pu assister à une vingtaine de présentations portant sur les régions circumpolaires et sur des sujets reliés aux Autochtones (Inuits et Amérindiens), dans des disciplines de sciences humaines variées.

L'anthropologie bien représentée…

Le volet anthropologique du colloque nous offrit d'abord la chance d'en apprendre davantage sur les travaux de François Trudel, qui s'intéresse à la mémoire et aux perspectives inuites de l'histoire, à travers les autobiographies. Une analyse minutieuse de ces récits, dont le meilleur exemple est l'œuvre de Peter Pitseolak, pourrait faire ressortir certaines caractéristiques propres à la conception du temps, de l'histoire, de l'espace, etc. chez les Inuits.

Louis-Jacques Dorais
Présentation en salle par
Louis-Jacques Dorais

Plus tard, Bernard Saladin d'Anglure a fait l'état de la question sur le chamanisme inuit, en insistant sur le regain d'intérêt des Inuits pour cette pratique " oubliée " pendant plusieurs décennies. Aucune véritable vision scientifique du chamanisme n'a été développée jusqu'à maintenant, ce dernier n'ayant été considéré que sous une lunette tantôt de " diabolisation " (influences missionnaires), tantôt de " médicalisation " (effets thérapeutiques, etc.). Pour pallier à cette situation, un nouveau projet de recherche, dirigé par M. Saladin d'Anglure, Louis-Jacques Dorais et Frédéric Laugrand, vise à approfondir les connaissances sur le chamanisme par la traduction et l'analyse d'un fonds d'archives découvert au Groenland.

Enfin, Frédéric Laugrand nous a brièvement exposé ses réflexions critiques sur la place du chien dans l'univers des rituels et cérémonies inuits. J. Garth Taylor présentait dans ses travaux trois descriptions de canicides trouvées dans les archives moraves et avançait deux interprétations pour expliquer ces phénomènes : l'une qualifiant ces exemples de sacrifices, l'autre identifiant les chiens à des esprits maléfiques qu'il fallait anéantir de façon rituelle. M. Laugrand émet des doutes sur ces interprétations et avance l'idée encore préliminaire que les chiens seraient des intermédiaires entre l'animalité et l'humanité et qu'ils seraient porteurs d'une vitalité par laquelle les Inuits auraient cherché à combattre la maladie, la mort, etc.

Développement socio-économique et politique étrangère

La vie communautaire dans le Nord fut également regardée sous une lunette socio-économique, avec les conférences de Gérard Duhaime, Marcelle Chabot et Iannis Hespel. Le premier s'est basé sur des statistiques amassées dans la Banque de données Métrinord pour dégager quatre tendances de développement social dans le Québec isolé, selon divers indicateurs compilés (scolarité, santé, revenus, etc.). Mme Chabot s'est pour sa part penchée sur la production domestique des ménages inuits au Nunavik, en montrant que les activités de chasse et pêche y occupent toujours une place importante. Iannis Hespel nous a présenté la réflexion qu'il a amorcée sur la question du tourisme au Nunavik, en mentionnant l'importance de développer ce secteur en collaboration avec la population locale.

Dans la perspective des relations internationales, Mohan Denetto nous a fait part de ses réflexions sur les enjeux d'une politique nordique extérieure du Canada, dans un contexte d'absence d'une politique domestique cohérente pour ces régions. Des préoccupations internationales comme la protection de l'environnement poussent le Canada à s'unir aux autres pays " circumpolaires " pour définir une stratégie d'ensemble. Peut-on alors penser qu'une telle initiative favorisera le développement d'une politique intérieure unissant les divers dossiers nordiques éparpillés dans les ministères fédéraux?

Les atouts du colloque

Par ailleurs, le Colloque Nord-Laval est renommé pour la place centrale qu'il accorde aux étudiants de la maîtrise et du doctorat pour exposer leur projet de recherche. Cette réputation ne lui a pas fait défaut cette année, nous donnant même l'occasion d'y rencontrer de nouveaux visages et d'en apprendre sur des thèmes originaux, comme la littérature autochtone (Maurizzio Gatti), les revendications innues (Karine Neumann), le diabète chez les Montagnais (Bernard Roy), l'éponymie et l'adoption au Nunavik (Élizabeth Houde), l'identité (Patricia Ouellet, Shelley Tulloch), etc. Cette atmosphère de rencontre et de partage, nous l'avons également sentie lorsque des chercheurs séniors ont " découvert " des étudiants travaillant sur des sujets connexes aux leurs, tout en évoluant dans des disciplines, voire des facultés différentes.

La formule du souper conférence fut également reprise; cette année, le GÉTIC avait invité M. Clifford Hickey, directeur du Canadian Circumpolar Institute (CCI) de l'Université d'Alberta. Dans son allocution, il nous a longuement entretenus sur les orientations de cet organisme multidisciplinaire ainsi que sur ses propres intérêts de recherche.

Lise Fortin
Lise Fortin lors de sa surprise.
De gauche à droite: Jean-Jacques
Simard, Bernard Saladin d'Anglure,
Lise Fortin, Gérard Duhaime, et
Marc-Adélard Tremblay.

L'innovation majeure du colloque de cette année a sans aucun doute reposé sur le forum de discussion, orienté sur la question " La société autochtone contemporaine : appropriation ou rejet de la modernité? ". C'est devant une salle bondée qu'ont réagi les intervenants Roméo Saganash, Carole Lévesque, Sylvie Poirier, Paul Charest (modérateur), Jean-François Tremblay et Bernard Arcand. Malgré les différences de perspectives, tous se sont entendus pour dire que la question même de ce débat était faussée; au lieu de penser les Autochtones en opposition avec la modernité, il serait plus juste de considérer les dynamiques existant entre " tradition " et " modernité "…

Enfin, le Colloque Nord-Laval s'est terminé sur une note plus que joviale, puisque Mme Lise Fortin, secrétaire du GÉTIC, s'est vue honorée pour ses 25 années de services au sein du monde de la recherche nordique.


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