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Par Ziggy
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Les impressions d'un
collégien inuit à Montréal |
Article publié dans la revue Sivunitsavut des
étudiants inuit du Collège Marie-Victorin http://www.cmarivic.qc.ca
Originaire de Puvirnituk au Nunavik, Ziggy est étudiant au Collège
Marie-Victorin de Montréal. Ce collège offre en effet un cours collégial pour les
étudiants du Nunavik qui terminent leurs études secondaires dans le programme de
français. Mais le passage des communautés du Nord à la grande ville est souvent
difficile.
L'éducation chez les Inuit devient de plus en plus importante.
L'école n'était pas tellement fréquentée pendant que mes surs et mes frères y
étudiaient au secondaire. C'est pour cette raison que cette génération comptait
beaucoup de décrocheurs. Alors qu'aujourd'hui, l'éducation est plus recherchée. On a
donc plus de chance de terminer le secondaire V. Ensuite, on va à Montréal pour aller
étudier au CEGEP. De vivre et étudier dans une très grande ville, c'est très "
différent " que d'étudier et vivre dans le Grand Nord.
Étudier au collège est entièrement différent par rapport au
secondaire : il y a beaucoup de temps libre, sauf qu'il faut travailler fort. Il y a un an
et demi que j'ai la chance d'étudier à Montréal. Les cours de français et de
philosophie sont les cours pour les Inuit, et les autres cours ont lieu avec les Blancs.
Ces deux cours sont obligatoires (2 ans) pour les Inuit, s'ils veulent suivre ensuite des
cours réguliers.
La vie dans le Sud est très différente de la vie dans le Nord : la
culture est différente, la façon de vivre est distincte, il y a beaucoup de monde,
beaucoup d'autos, beaucoup de belles filles, etc. Je trouve ça " cool ", parce
que c'est complètement différent par rapport au Grand Nord québécois. Surtout, mes
parents ne sont pas ici pour me réveiller le matin, pour préparer la nourriture, etc. Je
suis indépendant, je vis seul, sans mes parents, pour la première fois depuis que je
suis né au monde!
Cependant, il faut quand même que je sois responsable. Pour être
responsable, il faut d'abord organiser son temps. Par exemple, j'ai un cours de français
à neuf heures le matin jusqu'à dix heures, et un autre cours en éducation physique
jusqu'à midi. Je suis donc libre après mon cours de français pour deux heures. Je
profite de mon temps libre pour faire mes devoirs, le ménage, la vaisselle, etc.
Deuxièmement, il faut simplement suivre et respecter mon horaire. Le problème, c'est que
je ne le respecte pas assez! Je suis trop habitué à être beaucoup plus libre chez moi,
dans le Grand Nord.
À Puvirnituq, où j'habite chez mes parents, je ne fais presque
rien. Je ne fais pas la cuisine, presque pas le ménage ou la vaisselle, parce que ma
famille est déjà là pour faire ces choses-là. Je fais au moins un peu quelque chose.
Pendant l'été, je visite souvent mes amis et je joue au hockey. Ce sont les activités
que j'aime faire à Puvirnituq. Ce n'est peut-être pas assez, je pense
L'autre problème que je trouve c'est d'être loin de ma famille.
Deux semaines après mon arrivée à Montréal, je ne m'ennuyais pas encore de ma famille.
Par contre, il y avait déjà quelques étudiants et étudiantes qui voulaient retourner
chez eux, parce qu'ils s'ennuyaient trop de leur famille. Je comprends, parce que mois
aussi, après quelque temps, j'aimerais voir ma famille, surtout mes nièces et mes neveux
(plutôt que mes parents, mes frères et mes surs). C'est vers le mois de novembre
et de décembre que je commence à vraiment m'ennuyer. C'est la période que je trouve la
plus difficile. Quand je m'ennuie, je ne pleure pas nécessairement. Ce n'est pas parce
que quelqu'un ne pleure pas qu'il ne s'ennuie pas! Mais certains élèves pleurent parce
qu'ils veulent repartir dans le Grand Nord.
Moi, quand je m'ennuie, je suis presque tout le temps déprimé
même si je suis à l'école. Je pense seulement à ma famille. Quand je suis comme ça,
ça ne me tente pas de travailler, de faire mes devoirs, de faire le ménage, la
vaisselle, etc. La seule chose à laquelle je pense c'est d'être avec ma famille. Il me
semble qu'il n'y a pas d'autre solution. Quand je suis vraiment déprimé, je ne parle pas
beaucoup avec mes amis, ils pensent souvent que je suis fâché contre eux. Mais, j'essaie
toujours de ne pas être découragé, parce que si je suis tout le temps démoralisé, ça
ne sera pas le " fun " pour personne. Pour oublier cela, la meilleure chose
c'est de s'amuser
et c'est ça que je fais : jouer au hockey, aller à l'arcade,
aller dans un " party "
et ça fait du bien!
Quant aux jeunes Inuit qui étudient au post-secondaire au Collège
Marie-Victorin, ils ont de la difficulté à suivre des cours réguliers avec des
francophones. Selon moi, le problème c'est que l'éducation, dans le Nunavik, n'est pas
encore suffisamment développée (ce n'est pas la faute des professeurs) ou bien que les
élèves ne sont pas assez sérieux dans leurs études. C'est peut-être aussi parce
qu'étudier au CEGEP à Montréal, c'est difficile, car l'enseignement se fait
essentiellement en français. Ça ne veut pas dire que les Inuit ne sont pas capables d'y
étudier, c'est qu'il leur faut prendre leur temps.
Ainsi, nos enfants seront meilleurs au CEGEP que nous autres,
c'est-à-dire qu'ils auront plus de chances de finir le collège, comme nous avons eu de
meilleures chances de finir le secondaire, par rapport aux aînés.
En conclusion : on peut finir son CEGEP en travaillant fort, si on
veut!

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