LE TOIT DU MONDE

Collaboration spéciale

     Nos cahiers: 

À voir !!! --> Nordicite.com


ligneRou450pt1.jpg (523 octets)
Un texte de Marie-Hélène Cousineau

Le cirque est en ville ! Pourquoi n'y reste-t-il pas ?

(Igloolik) Il y a toute une mythologie du cirque comme moyen d'évasion pour les enfants qui s'ennuient dans leurs villages trop tranquilles. Au centre communautaire d'Igloolik, pendant le dernier atelier donné par un groupe de circassiens de Montréal, des souvenirs de films visionnés dans mon enfance me sont revenus. Les héros du film partent avec la troupe du cirque après leur dernière représentation. Avec un peu du même espoir tragique, une fillette s'est approchée d'une circassienne pour lui dire " je veux que vous restiez ici pour toujours ".

Six étudiants de l'école nationale de cirque de Montréal ont séjourné à Igloolik pendant 3 semaines. Ils ont débarqué avec accordéon, monocycles, quilles et costumes juste à temps pour offrir un spectacle de fin d'année aux élèves des écoles primaire et secondaire d'Igloolik. La turbulence habituelle des gymnases d'école a fait place à l'attention et à l'émerveillement. Ce n'était pas un spectacle à grand déploiement puisque cette petite troupe avait très peu de moyens, mais les enfants ont été tout à fait réceptifs. J'en connais même un qui a tenté de se teindre les cheveux du même rouge que la jeune acrobate…

Après avoir offert trois spectacles en ville, les circassiens se sont joints à Inusiq, un groupe de jeunes d'Igloolik qui lutte contre le suicide avec des outils d'expression comme le théâtre, la vidéo et d'autres formes artistiques. Tout ce beau monde est parti camper sur la terre de Baffin avec des Aînés qui leur enseignaient des techniques de chasse et de survie sur les terres. On offrait donc des ateliers de fabrication de cordes en peau de phoques, on allait chasser le caribou et pêcher l'omble de l'Arctique, mais on pouvait aussi apprendre à jongler, à faire de la danse créative et à utiliser le diabolo…..

Ce échange inusité et innovateur a pris naissance l'année dernière quand Guillaume Ittuksardjuat Saladin, un Québécois de 25 ans qui a passé les premiers quinze étés de sa vie à Igloolik avec son père anthropologue, est revenu au village après une absence de dix ans. Étudiant en animation culturelle, il a fait un stage chez Igloolik Isuma Productions, la fameuse compagnie de production de télévision indépendante inuite, et il a profité de son séjour pour repenser à son implication au village. En septembre 1998, il a débuté des études à l'école nationale de cirque et a recruté d'autres étudiants intéressés comme lui à conjuguer cirque et animation culturelle.

L'idée n'est pas nouvelle puisque Guillaume lui-même s'inspirait de Clowns Sans Frontières, une organisation dont les membres voyagent dans des pays défavorisés ou en guerre pour travailler avec les enfants et leur redonner le sourire. Le fameux Cirque du Soleil québécois patronne aussi l'organisation Cirque du Monde qui s'implique également avec les enfants à risques dans des pays du Tiers-monde. D'ailleurs, le Cirque du Soleil a contribué un peu financièrement au projet d'Igloolik, ce qui a permis l'achat d'accessoires de cirque qui resteront à Igloolik. Les subventions principales pour Inusiq, qui avait invité les circassiens à Igloolik, sont venues du Conseil des Arts du Canada, et du fonds Brighter Futures administré par la mairie d'Igloolik.

Guillaume Saladin, Eric Nutarariaq, le président du groupe Inusiq et Igloolik Isuma Productions ont donc collaboré à organiser ce projet cirque-théâtre et vidéo: la quinzaine de participants inuits tournent aussi une dramatique sur le thème du suicide, sur ses causes et ses répercussions. Les six circassiens se sont joints à ce projet de tournage pendant leur séjour. Beaucoup d'action donc, dans un court laps de temps…

Lors de leur deux dernières journées à Igloolik, les circassiens offraient également des ateliers libres dans le centre communautaire et les nombreux enfants qui se sont présentés se sont empressés d'essayer quelque chose de nouveau. Plusieurs ont carrément épaté la galerie avec leur aisance acrobatique et la précision de leurs gestes. Geneviève Pepin, qui enseignait la danse à l'école de cirque l'année dernière et qui a fait son premier voyage au Nord cette année, trouve qu'il y a énormément de potentiel et d'intérêt chez les enfants d'Igloolik pour l'expression corporelle. La concentration, l'habilité, l'attention sont des qualités qu'elle a particulièrement remarquées. Elle pense que la danse pourrait servir à favoriser l'expression et l'estime de soi, surtout chez les filles qui sont assez gênées dès qu'un spectateur se pointe, surtout un spectateur mâle…

Le cirque est finalement reparti et personne d'Igloolik ne l'aura suivi. Les jeunes d'Inusiq ont gardé les accessoires et les prêtent aux enfants qui s'en amusent encore dans les rues de la ville. Il y a un adolescent qui déjà se promène très habilement sur une roue. Les enfants qui ne vont pas camper sur les terres vont recommencer à errer à la recherche d'aventures et on ne peut que souhaiter, en voyant le succès et l'intérêt que cet échange a provoqué, que le cirque revienne.

Cette activité culturelle rafraîchissante provoque aussi des questionnements : quelle est la logique qui justifie le peu d'investissements faits du côté des arts et de l'animation culturelle pour les jeunes dans le Nunavut ? A Igloolik on a même coupé les budgets des cours d'arts plastiques à l'école. Ni chant, ni danse, ni musique, ni expression culturelle traditionnelle ou moderne ne sont enseignés sur une base régulière. Pourtant, lors de l'inauguration du Nunavut en avril dernier, on a célébré avec un spectacle de théâtre grandiose incorporant des chants et des chorégraphies élaborées. Ne s'agissait-il que d'une stratégie de propagande sophistiquée de la part du Ministère des affaires indiennes et du Nord ? Fallait-il y voir aussi la promesse d'un engagement vers le développement des arts et de la culture de la part du nouveau gouvernement ?

En attendant le retour des circassiens, qui veulent tous revenir pour plus longtemps l'année prochaine, espérons que les enfants gardent leur curiosité, leur envie de surprises et leur vivacité intactes. Le Nunavut a besoin de cultiver ces qualités.

ligneRou450pt1.jpg (523 octets)
Un texte de Marie-Hélène Cousineau

Que sont devenues les femmes inuites du Nunavut?

(Igloolik) Des doubles messages, c’est ce que l’on perçoit quand on s’intéresse à la place des femmes dans la société inuite contemporaine.

Le lendemain de mon arrivée à Igloolik, en achetant du lait à la coopérative, je croise deux jeunes femmes aux visages noircis par les coups reçus de leurs partenaires. Mon enthousiasme se refroidit.

J’apprends qu’une femme assez âgée, respectée dans la communauté pour son savoir traditionnel et sa sagesse, doit suivre son mari lorsqu’il décide des allées et venues de la famille. Elle quitte maintenant la communauté…

Des adolescentes de treize et quatorze ans attendent leur premier enfant….souvent c’est leur mère qui adoptera le nouveau-né après avoir déjà élevé cinq ou six enfants elle-même.

Mais de toute évidence les femmes expriment aussi leur force: on les retrouve occupant plus d’emplois diversifiés dans les communautés que les hommes. Elles sont professeurs, agents de développement économique, travailleuses sociales, secrétaires, traductrices. On les retrouve dans différents paliers administratifs du nouveau gouvernement. Elles sont impliquées dans des comités qui travaillent à l’amélioration des conditions de vie au niveau local et régional. Au Nunavut, le taux de suicide chez les femmes est significativement moins élevé que chez les hommes.

Et pourtant…le 15 février 1999, lors des premières élections législatives du Nunavut, une seule femme a été élue comme député: soixante-dix candidats se sont présentés, onze de ceux-là étaient des femmes, une seule est sortie victorieuse.

" Que ça vous plaise ou non, cela reflète la société actuelle au Nunavut ", me dit Monica Ittusardjuat, coordonnatrice de la justice au bureau du Conseil du développement social du Nunavut situé à Igloolik. Elle poursuit : " généralement, les hommes traditionnels inuits pensent que la place d’une femme est à la maison, à s’occuper des enfants, coudre, cuisiner, faire le travail ménager et que les hommes doivent prendre les décisions pour la famille. Les femmes maintiennent la paix dans les relations familiales et s’occupent des problèmes sociaux dans la communauté. Elles ont le sentiment que les hommes ne veulent pas partager ces responsabilités, qu’ils n’y sont pas sensibles. "

La société inuite d’avant le contact avec les Blancs a la réputation d’avoir été une société égalitaire, complémentaire, où la survie du groupe dépendait tellement du travail effectué en collaboration entre hommes et femmes. On se souvient aussi que la Commission d’établissement du Nunavut avait mis sur la table une proposition de représentation égale des genres pour le nouveau gouvernement. Cette proposition extraordinaire et unique au monde avait été rejetée lors d’un plébiscite tenu en mai 1997 avec 57% des électeurs s’y opposant.

Hagar Idlout-Sudlovenick et Leena Evic-Twedin occupent chacune des postes importants au sein de l’administration de Nunavut Tunngavik Incorporated (NTI) qui s’était affiché publiquement pour la proposition d’équité des genres. En tant que directrice exécutive de l’administration, Hagar commente : " dans la plupart des sociétés, la vision qu’on a des chefs, c’est qu’ils doivent être des hommes d’âge moyen. Ce n’est pas différent dans la société inuite. "

Leena, qui est conseillère en stratégies et en programmes pour NTI, ajoute " les préoccupations des femmes ne sont pas nouvelles, voir des femmes détenir le pouvoir politique est nouveau. Les femmes ont fait un long chemin et le prochain défi est d’en augmenter la représentation au niveau politique. "

Selon Hagar et Leena il est plus approprié d’avoir une perspective globale lorsqu’on pense aux priorités des femmes: ainsi les problèmes des femmes sont les problèmes de tous et vice-versa. Leena précise que les femmes sont aussi inquiètes du manque d’occasions d’affaires dans les communautés, des questions environnementales et du modèle de leadership présenté par les chefs de maintenant que par les questions sociales qui concernent la santé et l’éducation. Mais selon elles toujours, les femmes auraient un penchant " naturel " pour le bien-être des gens tandis que les hommes seraient versés en affaires. Le manque de représentation des femmes en politique expliquerait donc le manque d’attention que reçoivent les questions plus " sociales ".

Les hommes semblent donc toujours détenir le privilège de la parole publique et des prises de décisions. Avec de plus en plus de femmes éduquées et au travail, il y aurait même un sentiment de perte pour les hommes qui cherchent à redéfinir leur rôle et leurs buts. Ce sentiment de confusion expliquerait en grande partie, selon les femmes à qui j’ai parlé, les problèmes de violence conjugale qui minent plusieurs couples contemporains.

Le Nunavut a eu la chance extraordinaire de faire les choses différemment avec la proposition d’équité des genres au parlement. On ne sait pas encore si cette proposition sera revue ou si l’expérience des prochaines années inspirera les chefs et la population à inventer un système qui offrira à tous et à toutes des chances égales pour prendre les responsabilités des décisions dans le nouveau territoire.

ligneRou450pt1.jpg (523 octets)
Un texte de Louis Mc Comber

Que faire avec les chiens de traîneaux en pleine ville?

(Iqaluit) Dans la plupart des communautés du Nunavut, on trouve encore quelques attelages de chiens de traîneaux. L’hiver, ils sont généralement attachés quelque part sur la grève, retenus par une longue chaîne où, de temps à autre, le propriétaire vient leur lancer quelques quartiers de phoque, de morse ou de béluga. Or depuis la mort de la petite Leah Tikivik, six ans, en mars 1998, sous les crocs d’une de ces équipes de chiens, la Ville d’Iqaluit veut prendre des mesures de sécurité pour prévenir les accidents. Mais lesquels?

La plupart des attelages de chiens qu’on trouve à Iqaluit sont maintenant utilisés à des fins récréatives ou touristiques et plusieurs propriétaires ne sont pas Inuit. Par ailleurs, dans beaucoup de communautés, les chiens restent un moyen de transport peu coûteux pour aller chasser. On nourrit les chiens avec les viande sauvages du gibier abattu, tandis que pour la motoneige, il faut acheter de l’essence et parfois changer des pièces.

L’hiver, on attache les chiens sur la glace, pas trop loin de la maison, pour qu’on puisse les avoir à l’oeil. L’été, on peut les installer sur la toundra, un peu à l’extérieur de la ville. D’autres préfèrent les confiner sur une des petites îles qui parsèment la Baie de Frobisher, à proximité d’Iqaluit. Ils y vivent libres de leur mouvement et les propriétaires viennent les nourrir de temps à autre.

Un terrible accident s’est produit il y a quelques mois quand une petite famille a débarqué sur une de ces îles pour aller cueillir des baies. Un enfant a été mordu très gravement sans toutefois y laisser sa peau. Un drame similaire s’est aussi produit au Labrador.

Suite à la mort de Leah, le Conseil de ville d’Iqaluit a formé un comité spécial pour étudier la question, dirigé par l’échevin Lynda Gunn. Sur ce comité, on trouve des parents concernés, mais aussi des propriétaires d’attelages de chiens. Son rapport risque de ne pas faire l’affaire des propriétaires, a déclaré sa présidente au Nunatsiaq News. Par exemple, le rapport propose que les chiens soient attachés à au moins 600 mètres de toute résidence.

Pour Matty Mc Nair Landry de la compagnie Northwinds, spécialisée dans les voyages d’aventure et propriétaire de chiens, ceux-ci ne devraient jamais être laissés trop loin de la surveillance des propriétaires. Elle cite aussi des aînés inuit qui affirment que les chiens ne devraient pas être isolés de la communauté parce qu’ils deviendraient ainsi plus sauvages que s’ils restent en contact avec une présence humaine.

D’autres aînés ont clairement exprimé l’opinion que c’est aux familles et aux enfants à apprendre le danger de vivre avec les chiens, ce que les Inuits ont fait depuis des milliers d’années.

Le coroner Percy Kinney, qui a fait enquête sur le décès de la petite Leah, vient aussi de remettre son rapport à la ville d’Iqaluit. Il recommande de museler les chiens de traîneaux et de les enfermer dans des enclos à l’intérieur des limites de la ville, et ce à au moins 500 mètres de toute habitation. Les équipes de chiens simplement attachés au bout d’une chaîne devraient être installées à au moins un kilomètre des limites de la ville. Le coroner recommande aussi des programmes d’éducation pour les jeunes sur les comportements à adopter avec les chiens. Pour les propriétaires, ces mesures sont évidemment inapplicables.

Ce ne sera pas un sujet facile à trancher pour le Conseil municipal d’Iqaluit qui devra trouver le moyen d’accommoder une tradition inuit ancestrale dans des conditions de vie urbaine contemporaines.


  La Une | À vol d'oiseau | Éditorial | M'a dire comme on dit | Nunavut | Nunavik
Labrador |
T.N.-O. | Yukon | Chronique Cyberarctique | Dossier de presse
Collaboration spéciale | Chronique du GÉTICArchives
| Rechercher dans le TDM

©1999 Association francophone du Nunavut (Iqaluit - Canada). Tous droits réservés
Webmestre : Signet Québec