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Un texte de Louis Mc Comber Cest la guerre qui a changé définitivement le visage de lArctique canadien. Leffort de guerre a sans doute été plus spectaculaire dans lOuest du pays avec la construction de lautoroute de lAlaska et de loléoduc Canol de Norman Wells dans la vallée du Mackenzie jusquà Whitehorse au Yukon. Cest quaprès lattaque de Pearl Harbor par les Japonais, les Américains ont craint une invasion des îles Aléoutiennes et se sont rapidement préparés en conséquence. Les stratèges militaires américains ont par ailleurs identifié lArctique de lEst comme un corridor stratégique important pour acheminer des avions fabriqués en Californie vers le front de la bataille dAngleterre. Comme ces avions devaient faire provision de carburant après seulement quelques heures de vol, larmée américaine développa, avec la permission du gouvernement canadien, un chapelet de bases aériennes. Ce fut le cas de Churchill, Coral Harbour, Frobisher Bay (maintenant Iqaluit) et Fort Chimo (maintenant Kuujjuaq). Près de mille militaires américains sinstallèrent du jour au lendemain à Fort Chimo (Kuujjuaq) dans la Baie dUngava. À Iqaluit, on parle de plusieurs centaines. Quelques aînés inuit dIqaluit se rappellent avoir été dans leurs kayaks à la rencontre du premier bateau américain arrivé en 1941. À cette époque, ce sont toujours les missionnaires, les commis de la Compagnie de la Baie dHudson et quelques officiers de la Gendarmerie royale du Canada qui sont les seuls dispensateurs de services dans les régions arctiques du Canada. 80% des enfants esquimaux, comme on les nommait alors, navaient pas accès à lécole. Aussi, il ny avait que deux hôpitaux en opération avec une capacité de 48 lits pour tout lArctique de lEst : lhôpital anglicane de Saint-Luc à Pangnirtung et lhôpital de la mission catholique de Chesterfield Inlet dans le Keewatin. Les populations inuit succombaient massivement à des infections virales transportées chez eux par les nouveaux venus. La plus terrible était la tuberculose. Les premières enquêtes sérieuses qui ont été faites dans les années daprès guerre démontrent, par exemple, que dans la communauté de Baker Lake, la moitié des enfants étaient infectés. Les autorités médicales canadiennes ont fini par admettre que les taux dinfection de la population inuit à la tuberculose étaient de 15 à 20 fois plus élevés que chez le reste de la population canadienne. En suscitant des reportages dans des médias importants comme le Life Magazine, la présence américaine a permis de faire connaître mondialement cette situation déplorable, si bien que vers 1944 les députés de la Chambre des Communes à Ottawa commencèrent à se demander sérieusement comment ouvrir des écoles et des hôpitaux dans lArctique de lEst. De plus, les évêques anglicans de lArctique, dabord Monseigneur Flemming suivi de son successeur Monseigneur Marsh avaient fait beaucoup de représentations auprès dOttawa pour tenter daméliorer les conditions dexistence des populations inuit. En 1946, le gouvernement fédéral ouvrira deux dispensaires, un à Lake Harbour ( maintenant Kimmirut) et lautre à Cape Dorset (maintenant Kingnait). Mais comment rejoindre ces communautés éloignées? Il nexistait alors aucun service aérien régulier et la saison de navigation ne sétendait que sur quelques mois. De plus les Inuit ne restaient jamais longtemps à la même place, parcourant toujours de grandes distances à la recherche de gibiers, poissons ou peaux de renards. Le gouvernement du Canada décida de faire construire un navire hôpital, le C.D. Howe qui de 1950 à 1968 emportait la patrouille de lArctique de lEst vers la plupart des agglomérations identifiables. Dans toutes ces communautés, des médecins faisaient passer des examens au rayons-X au plus grand nombre possible dindividus. Tous ceux et celles qui se révélaient infectés étaient ramenés à bord pour être ensuite acheminés vers des centres de traitement. Les patients inuit souffrant de la tuberculose furent distribués dans près de 24 institutions canadiennes différentes. Vers 1956, un Inuk sur sept est hospitalisé au Sud. Plusieurs ne sont jamais revenus au Nord, ayant succombés à la maladie ou aux suites des opérations. Si les alliés remportent la victoire en 1945, tout risque de conflit armé nest cependant pas complètement écarté. La fin de la grande guerre marque le début de la guerre froide entre la Russie et les américains. Avec le développement de la technologie des missiles et des bombardiers à longue portée, lArctique canadien devient une éventuelle porte dentrée à une attaque soviétique du continent américain. Cest pour parer à cette menace que le gouvernement américain en 1955 amorce la construction dune triple ligne de détection radar mieux connu sous le terme de Distant Early Warning System (Dew Line). La ligne la plus au Nord se nomme Porcupine et comprendra 20 stations radar. Au moment du début des travaux en 1955, les Inuit vivent des conditions particulièrement difficiles. Dabord, comme on la mentionné, la maladie fait des ravages. De plus, depuis la guerre, le prix obtenus pour les peaux de renards arctiques a chuté à presque rien. Enfin dans plusieurs régions, les troupeaux de caribous se font rares et la famine sévit. Ce qui fait que les Inuit ont tendance à se rassembler autour des chantiers de construction des bases de radar. Ceux qui sortent des sanatoriums et qui connaissent langlais ou encore ceux qui ont fréquenté les écoles résidentielles des missionnaires arrivent à se faire engager comme manuvre. Les autres sapprochent pour trouver des soins médicaux ou encore découvrir des trésors dans les dépotoirs. Pour les plus fortunés, cest un premier contact avec un emploi salarié et donc une rétribution en argent sonnant, puisque que la Compagnie de la Baie dHudson ne payait les Inuit quavec des crédits ou des jetons de sa fabrication. En 1954, le Conseil des Territoires du Nord Ouest avait décidé détablir des écoles résidentielles pour « tirer les enfants dun contexte primitif et les adapter à léconomie des blancs. » Les enfants furent littéralement enlevés à leur famille et emmenés dans des pensionnats fédéraux pendant dix mois de lannée où ils étaient obligés de parler anglais, de manger la nourriture de linstitution et enfin de shabiller à loccidental. Dix mois plus tard, on les retournait à leurs parents sur la toundra! Ce régime de déracinement et dacculturation forcée a profondément marqué toute une génération. Plusieurs disent avoir complètement perdu le sens de la famille dans ces institutions où beaucoup trop dabus de toutes sortes se sont produits sur des enfants et de jeunes adolescents. Ce programme fut appliqué avec tant de rigueur quen 1964, 75% des enfants de 6 à 15 ans fréquentaient lécole dans les TNO. Une autre critique qui a été faite aux premières initiatives déducation des Inuit, aura été dutiliser des programmes et des manuels complètement hors contexte avec aucune références au contexte nordique. On ne peut terminer ce chapitre sans mentionner linitiative du gouvernement du Canada de relocaliser plusieurs familles inuit dans des régions éloignées. La plus célèbre de ces relocalisations fit monter des familles de Port Harrison (maintenant Inukjuak) dans la Baie dHudson jusquà Grise Fiord sur lîle dEllesmere et Resolute Bay. Le Canada cherchait alors à affirmer sa souveraineté sur ces régions éloignés en y établissant des communautés inuit. En 1996, le Gouvernement canadien a offert une somme de dix millions de dollars en compensation aux familles des exilés. À partir de 1961, le bilan de santé des Inuit va aller en saméliorant au point dentraîner une augmentation annuelle de la population denviron 5% jusquen 1971.
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