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Vol. 2, No 1, JANVIER 1998 |
*Rare espèce de phoque commun du Québec en danger, prévient un scientifiqueÀ cause d'un caprice du destin, ces animaux ont été séparés de la mer il y a des milliers d'années; aujourd'hui, le développement de l'homme menace leur fragile habitat.
IQALUIT - On y réfère sous le vocable "phoques venus de la mer". Lorsque les glaciers qui recouvraient le nord du Québec actuel se sont retirés, il y a quelque 8000 ans, les scientifiques croient que le phoque commun aurait graduellement été séparé de la mer et coincé dans les lacs nouvellement formés. De nos jours, entre 100 et 600 individus habitent encore les lacs des Loups Marins, une série de lacs à 160 kilomètres à l'est d'Umiujaq. Ces individus seraient les seuls phoques communs au monde à séjourner en eau douce à longueur d'année. L'habitat de cette espèce à la fois unique, espiègle et peu nombreuse est très vulnérable. "Ces animaux ne bénéficient d'aucune forme de protection", affirme Richard Smith qui vient de terminer une étude de quatre ans sur les phoques. Pendant ses travaux aux lacs des Loups Marins, il maintient avoir souvent vu des prospecteurs faire sauter des explosifs près de l'eau. Comme le phoque hiverne et met bas dans des poches d'air protégées sous la surface des lacs gelés, M. Smith prétend que tout projet hydroélectrique pouvant polluer la région ou perturber les glaces risque aussi mettre en danger l'habitat de cette espèce. Le Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada a placé ces phoques sur la liste des espèces vulnérables. Mais M. Smith aimerait que le Canada et le Québec fassent davantage pour protéger les quelques phoques qui restent en faisant des lacs des Loups Marins une réserve écologique, protégée contre l'envahissement humain. Ainsi, ces phoques seraient à l'abri des futurs projets hydroélectriques et de l'exploration minière. "Cette population constitue un exemple choquant de l'attitude du Canada en matière de protection des espèces en voie d'extinction", affirme M. Smith. Les populations de phoques cantonnées ailleurs - dans le lac Ontario, au Groenland et au Japon, par exemple - ont soit disparu ou sont menacées. Même si les lacs des Loups Marins se situent au-dessus du 55e parallèle, en territoire inuit, les Cris y installent des pièges depuis des temps immémoriaux. Tant les Cris que les Inuits ont chassé le phoque dans le passé. La Convention de la Baie James et du Nord québécois de 1975 renferme une liste des espèces protégées, et ces phoques y figurent, mais cette convention n'a pas force de loi. Comme ces mammifères marins habitent en eau douce, il est également difficile de décider qui, du Québec ou d'Ottawa, a juridiction sur ces phoques. Les mammifères marins relèvent habituellement du fédéral. Les lacs des Loups Marins, toutefois, se trouvent à l'intérieur des terres.
Unicité des phoques - diète à base de truite Le plus ancien document historique sur les phoques remonte à 1754 et comprend une carte décrivant la région des lacs des Loups Marins. En 1936, une expédition composée de chercheurs américains faillit se solder par un désastre. Pour survivre, ceux-ci durent se résoudre à consommer les deux spécimens qu'ils avaient capturés pour fin d'étude. Les scientifiques ont continué à se demander si ces phoques formaient une population distincte. Ils croyaient que les phoques parvenaient, d'une manière quelconque, à retourner à la baie d'Hudson et ce, en dépit des rapides et des chutes séparant les lacs des Loups Marins de la baie. C'est pourquoi M. Smith a décidé de fixer des colliers munis de satellite à onze phoques. Les résultats de ce pistage ont permis d'éliminer tout doute. "Ils restent dans le lac, affirme M. Smith. De plus, chacun demeure dans son petit coin." Un examen du pelage, du petit lard et du sang a également démontré que le phoque se nourrit exclusivement de poisson d'eau douce tel que l'omble et la truite de ruisseau. Les Cris, qui chassent parfois ce phoque, sont d'avis que leur chair a un goût plus sucré que celle de leur cousin d'eau salée. Paulusi Cookie, ainsi que d'autres chasseurs qui habitent maintenant Umiujaq, confirment que les Inuits connaissent l'existence du phoque commun, mais qu'ils ne l'ont pas chassé depuis très longtemps. With files from Anne Cheng in Umiujaq * La reproduction sur le site Le Toit du Monde des articles en français publiés originalement dans le Nunavik News (édition du Nunatsiaq News pour le Nouveau-Québec) est possible grâce à l'aimable autorisation du Nunatsiaq News. Il est entendu que ces articles demeurent la propriété de Nortext Publishing Corporation (Iqaluit). Les articles peuvent être redistribués intégralement à des fins non lucratives à la seule condition que le présent avis y soit joint également. La version web des articles en français du Nunatsiaq News est une initiative du mensuel virtuel Le Toit du Monde. |
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