| Volume 2, numéro 1 | JANVIER 1998 |
Le Toit du monde est une initiative de l'Association francophone du Nunavut, ce groupe de francophones dont la majorité provient du Québec, la province limitrophe se trouvant en-dessous de la Terre de Baffin (1). La communauté francophone du Nunavut regroupe aussi des Acadiens du Nouveau-Brunswick et quelques canadiens français des autres régions du Canada. Comme francophone, on est doublement en minorité au Nunavut. On est d'abord en minorité parce que 85% de la population est composée d'Inuit. Mais on est une seconde fois minoritaire, parce que la langue première ici, c'est l'anglais. Cette dernière fait ici office de lingua franca dans les écoles, au travail, dans l'administration publique. Iqaluit, qui servira de capitale à ce futur territoire, est donc un terrain de rencontre intéressant des solitudes canadiennes, mais cette fois en territoire autochtone. Poste d'observation privilégié pour des francophones déjà initiés aux longues luttes d'affirmation identitaire au Québec ou à la résistance obstinée des francophones hors-Québec depuis les 40 dernieres années et qui considèrent avec sympathie et solidarité la vision que développent les Inuit de leur avenir politique. Toutefois, dans notre beau Canada comme partout dans le monde, les ethnocentrismes se braquent. Faudrait se boucher les oreilles pour ne pas entendre à Iqaluit en français comme en anglais des réflexions du genre: "Chu chez nous icitte! On leur donne assez d'argent à ces Mômôs-là (lire Esquimaux) qu'on peut ben dire qu'on est chez nous! On est au Canada icitte, me semble!" Faut pas se le cacher, le rejet pur et dur de la réalité inuit s'exprime allègrement de façon quotidienne à Iqaluit, tant par les francophones que les anglophones d'ailleurs. Plusieurs viennent travailler au Nord pour se ramasser un petit pécule, relativement indifférents de la réalité sociale qui s'y vit. Le soir, après une longue journée de travail, on referme nos rideaux sur de petits univers cossus où la télévision se charge de nous transporter ailleurs dans le vrai monde... à Montréal, Toronto ou Détroit. Les années passent sans qu'on réponde à un tas de questions du genre: Que sommes-nous venus faire ici? Sommes-nous chez-nous ou sommes- nous chez-eux? Qu'entend-t-on par droits ancestraux? Qu'est-ce qu'une entente de revendication territoriale? Avons-nous un rôle à jouer dans le développement du Nunavut? Si vous vous rendez à une danse inuktitut (2) à Iqaluit, vous serez étonné de ne retrouver que 3 ou 4 qallunaat (non-inuit). Par ailleurs, si vous vous rendez à un concert présenté dans la salle de cinéma, vous constaterez qu'il n'y a que 3 ou 4 Inuit présents. Comme s'il s'agissait d'univers étanches. Trop peu d'Euro-canadiens profitent de leur séjour au Nord pour lier contact avec le monde inuit. À preuve, si vous trouvez une douzaine de non-inuit qui se débrouillent en inuktitut à Iqaluit, ça serait déjà très étonnant! Et encore plus si dans tout le Nunavut vous en trouvez trois douzaines... Même si on rencontre ici et là des couples exogames qui tant bien que mal s'accommodent de leurs différences culturelles. Certains peuvent à l'occasion s'émerveiller de la culture traditionnelle. Après tout, les Inuit auront été parmi les derniers nomades de la planète. De magnifiques publications ou documents audio-visuels témoignent de leur civilisation. En se mêlant un peu à ses voisins et en étant un peu curieux, on peut encore lever un coin de voile sur ce passé encore récent tellement différent du nôtre. Il y a un gros travail de reconnaissance mutuelle à opérer pour dissoudre toutes ces attitudes défensives qu'on peut développer devant une réalité qui nous échappe. Il faut pouvoir nommer cette différence qui se vit ici et insérer cette nouvelle expérience dans ce qu'on connaît déjà de la réalité canadienne. Le Toit du Monde souhaite ainsi apprivoiser, comprendre, débattre des questions relatives au Nord. Ce qui peut être réussi au Nunavut peut contribuer à créer des concepts politiques viables pour d'autres populations autochtones ou minoritaires à travers le monde. De même ce qu'on peut rater ici pourrait contribuer à enlever l'espoir pour beaucoup qui cherchent à faire reconnaître leur identité à l'intérieur des limites d'États modernes. Le Toit du monde vous invite donc à suivre sur notre site virtuel l'histoire passionnante de la création du Nunavut...en français s.v.p.! LMcC NDLR :
|
|