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Un texte de La télévision communautaire à Igloolik: un exemple pour les communautés du Nunavut. A Igloolik, depuis quatre ans, une expérience de télévision communautaire se renouvelle avec un succès révélateur de l’intérêt des résidents du village. Plusieurs téléspectateurs passent de l’autre côté de la caméra et deviennent participants à tour de rôle dans l’émission qui reflète leur quotidienneté et leurs préoccupations. Je parle de Nunatinnit ou "Chez nous", diffusé 5 jours par semaine, entre cinq et six heures sur les ondes de Channel 24, qui se présente comme la première chaîne de télévision indépendante du Nunavut. Channel 24 diffuse à partir du studio du centre vidéo Tarriaksuk depuis 1994 mais l’origine du projet remonte à quelques années plus tôt. En 1985 quand Zacharias Kunuk et Paul Apak, producteurs pour Inuit Broadcasting Corporation, rencontrent Norman Cohn, vidéaste nomade et indépendant, les idées de révolution dans le fonctionnement de la production et de la diffusion de la télévision au Nord du Canada commencent à fuser. En 1988, Kunuk, Apak, Cohn et Paulossie Qulitalik s’associent pour fonder Igloolik Isuma Productions. Sans argent gouvernemental pour assurer son fonctionnement, la compagnie privée bouleverse les routines de production de télévision aborigène en offrant des programmes de qualité internationale produits entièrement à partir d’une communauté isolée (pour plus de détails sur cette histoire voir le site www.isuma.ca) Parallèlement aux activités d’Isuma, le noyau de producteurs agitateurs d’Isuma développe l’idée du centre vidéo Tarriaksuk, un organisme à but non-lucratif, dont l’objectif principal est d’offrir aux résidents d’Igloolik la possibilité d’apprendre et d’utiliser les outils vidéo pour exprimer leur culture. Tarriaksuk qui ne disposait à ses débuts que d’une salle de montage confinée dans une petite pièce du bureau des Chasseurs et Trappeurs, a finalement pris son envol en 1994, quand le centre déménage dans les locaux de l’édifice qu’Isuma, en pleine croissance, venait de construire. Disposant dès lors d’une salle de montage plus adéquate, d’un petit studio et d’un bureau, le centre a pu organiser des activités impliquant un plus grand nombre de participants. Une des ambitions des producteurs indépendants d’Igloolik était de diffuser dans leur communauté leurs productions par ailleurs présentées à l’échelle internationale et de s’adresser directement à la population locale. IBC et TVNC (Television Northern Canada), souvent empêtrés dans une administration lourde et peu en contact avec les réalités des communautés éloignées, n’ont pas répondu à l’appel et repoussé les tentatives des producteurs indépendants d’Igloolik pour diffuser régulièrement sur leurs ondes. Il n’est pas exagéré de dire que le modèle de fonctionnement centralisé suivi par IBC, TVNC et peut-être maintenant APTN (Aboriginal Peoples Television Network) a peu de chance de répondre aux besoins locaux. Quand on pense à toute l’importance de l’emplacement et de la culture locale chez les Inuit, on se questionne sur ces modèles de type bureaucratique qui donnent préséance à l’administration plutôt qu’aux services à la population. Pour pallier à cette situation les producteurs d’Isuma et de Tarriaksuk ont voulu développer un usage de la télévision similaire à celui de la radio communautaire, tellement intégré au quotidien des populations des villages du Nord. Nunatinnit est donc né de ce besoin d’exprimer en vidéo une réalité locale qui parle aux gens des gens. En utilisant la cablôdistribution, la même technologie qui permet la réception des chaînes américaines dans un foyer inuit au Nord du cercle Arctique, Channel 24 diffuse localement des programmes produits sur place. Nunatinnit est devenu ce que les producteurs en ont fait au fur et à mesure des événements et des inspirations: lignes ouvertes, nouvelles locales, bingo, témoignages, démonstrations de savoir-faire et ainsi de suite s’y retrouvent tour à tour. Pour Nunatinnit Zacharias Kunuk a produit la série Kabluna, une espèce d’anthropologie inversée où les Inuits expliquent la culture des Blancs et où les Aînés racontent leurs premières rencontres avec les gens du Sud. L’engouement des locaux d’Igloolik pour l’émission "America’s Funniest Video" a eu son pendant avec la diffusion des vidéos amateurs des Iglulingmiut. Depuis l’automne 99, le groupe Inusiq, un groupe de jeunes intervenant en théâtre, en animation et en vidéo pour lutter contre le suicide, utilise quotidiennement Channel 24 et Nunatinnit pour passer son message à l’aide de sketches, d’entrevues, de lignes ouvertes. Channel 24 est un des reflets du bouillonnement et de la vitalité des activités médiatiques que l’on retrouve à Igloolik. La mise-en-scène des cérémonies d’inauguration d’APTN en septembre dernier laissaient peu présager une attitude moins centralisée que TVNC. La forme en était tout à fait conventionnelle: une grande scène d’un parc de Winnipeg sur laquelle se présentait des artistes d’héritage aborigène…avec diffusion de clips des divers producteurs des régions du Canada. On aurait pu créer et présenter un réseau de liaisons entre des cultures encore ignorées par la plupart des Canadiens et offrir des couvertures en direct provenant des régions éloignées représentant des styles de vie non-urbains. La question esthétique se pose: est-ce que les histoires locales sont intéressantes pour tous? Il faut parier que oui si on a les moyens financiers et qu’on apprend comment les développer. L’exemple d’Igloolik prouve aussi que l’activité locale amène d’importantes retombées sociales et économiques dans des communautés qui croulent sous le chômage et l’ennui. Channel 24 serait donc un modèle inspirant pour une télévision communautaire alternative qui participerait activement à vivre et exprimer une culture minoritaire dans un ordre mondial intimidant. La technologie de la cablôdistribution servirait alors non seulement l’hégémonie capitaliste mais son contre poids, la culture et la résistance locale.
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