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Un texte de Louis Mc Comber Vers une culture inuite cybernétique!!! (Pangnirtung, Nunavut) Questionner la culture inuite aujourd’hui, c’est toujours encore évoquer des stéréotypes classiques de la vie traditionnelle comme l'attelage de chiens, l’igloo ou le harpon. Sur la toundra, même après l’introduction de la motoneige, du fusil et du gore-tex, on retrouve quand même jusqu’à aujourd’hui l’utilisation d’anciennes façons de faire qui coexistent avec les nouvelles technologies. Toutefois pour un observateur étranger, il semblerait beaucoup plus difficile d’associer la culture inuite à des technologies de pointe comme les derniers développements des télécommunications par satellite. Pourtant la vie de chacune des communautés du Nunavut y est intimement liée. D’abord, les 26 communautés du Nunavut ont toutes accès par le câble à une trentaine de canaux de télévision. Plusieurs de ces canaux proviennent des États-Unis et on peut y suivre quotidiennement les bulletins de nouvelles de grandes métropoles américaines. De plus, toutes les communautés sont reliées au réseau national de la radio de Radio-Canada, qui par sa division nordique CBC North diffuse en anglais et en langue inuite dans toutes les régions du Nunavut. CBC North rediffuse dans les communautés quelques émissions nationales du réseau comme les bulletins de nouvelles ou certaines émissions d’affaires publiques comme As It Happens. Cette programmation est complétée par une programmation en langue inuite produite à partir d’Iqaluit, de Kuujjuaq, de Rankin Inlet ou de Cambridge Bay. Au Nunavut, la radio reste un véhicule de communication très important. Avec plusieurs centaines de kilomètres entre chaque communauté et l’absence complète de système routier, la radio permet de faire circuler l’information de façon rapide et efficace. On peut aussi l’écouter en travaillant, ce que ne permet pas la télévision. De plus, comme plusieurs aînés s’expriment toujours uniquement en langue inuite, la télévision reste un média difficile d’accès pour plusieurs puisque la grande majorité des émissions y sont produites en anglais. Du point de vue de l’utilisation de l’inuktitut, même le nouveau canal APTN utilise beaucoup plus l’anglais que le réseau qui l’a précédé au Nord, TVNC. Donc la radio régionale qui utilise couramment l’inuktitut, entre systématiquement dans la plupart des foyers du Nunavut. On l’entend partout. La popularité de la radio au Nord explique sans doute pourquoi plusieurs politiciens inuits importants, comme Jose Kusugak, Peter Irniq ou Paul Quassa se sont d’abord fait connaître comme animateurs à la radio de CBC North. Le tableau des communications au Nunavut serait loin d’être complet sans parler des radios locales ou communautaires. Chaque communauté aussi petite soit-elle alimente quotidiennement sa radio communautaire de 4 à 6 heures par jour selon une entente avec CBC. Ces radios interrompent la programmation de CBC à des heures réglementaires pour permettre à la communauté de communiquer localement. On y pratique un style de radio hautement interactif. On y parle de tout. On veut vendre une motoneige? Une paire de bottes? Un chasseur revient de la toundra et veut parler des conditions de la neige, on veut souhaiter bonne fête à un membre de la famille? Il suffit de téléphoner à la station. Parfois les sujets traités deviennent plus sérieux, si par exemple, il y a des questions importantes dans l’air comme des élections au Conseil municipal ou à l’Assemblée législative territoriale. Dans certaines communautés, des individus prennent des initiatives à caractère éducatif, comme par exemple, discuter de vocabulaire avec des aînés sur les bons mots à employer en langue inuite ou encore peut-être que le Centre de santé veut proposer certaines mesures pour mieux se prémunir contre certains virus actifs dans la communauté. La radio communautaire permet aux organismes locaux de faire connaître leurs activités. Pour Salomon Allurut d’Igloolik, la radio communautaire, c’est fait pour téléphoner et s’exprimer. Il ne faut pas trop tenter de la réglementer sinon les auditeurs risquent de s’en détourner. Quand on y fait jouer de la musique, pense Salomon, c’est qu’il ne se passe rien et que personne n’intervient. La communauté s’attend à ce que quelqu’un amorce une discussion sur un sujet de son choix et que le reste du monde embarque. Mais c’est dans les situations critiques où la radio communautaire prend toute son importance. Dans ces cas là, la radio reste en onde sans relâche pendant une journée ou deux, jusqu’à ce qu’on ait retrouvé les disparus par exemple, si c’est le cas. C’est encore la radio communautaire qu’il faut écouter dans la communauté pour savoir s’il y a des ours polaires dans le village, s’il faut que des hommes aillent les pourchasser. Pour les communautés inuites la communication électronique ne se limite pas à la radio ou à la télévision. Salomon utilise aussi le CB pour communiquer avec les membres de la communauté. Il s’agit aussi d’un moyen de communication local quand la radio communautaire n’est pas en onde ou est trop occupée. " Ces chasseurs là expliquent le voyage qu’ils ont fait pour trouver des caribous, " expliquent Salomon en jouant avec les boutons de son appareil. Mais ce n’est pas tout. De nos jours la plupart des chasseurs ne partiraient pas sur la toundra sans leur Spillbury pour garder contact avec la communauté. Il s’agit d’une radio beaucoup plus puissante qui permet d’émettre à des milliers de kilomètres à la ronde. " On peut y entendre des gens qui habitent dans des camps éloignés, raconte Salomon, c’est très puissant… par exemple dans le moment ce sont des gens de la région de Baker Lake qui se racontent des histoires. " Difficile à imaginer, mais les Inuits du Nunavut utilisent quotidiennement différents médias de communications électroniques. Il s’agit même d’outils essentiels à leur survie actuelle dans le Nord, sinon au développement d’une nouvelle culture nordique. Ce qui fait dire à certains observateurs que les Inuits vont rapidement s’adapter à la navigation sur la toile planétaire, puisque l’accès à l’Internet est maintenant devenue chose possible depuis à peine quelques semaines dans toutes les communautés du Nunavut. Tiré du journal Innuvelle Février 2000 http://www.innuvelle/innuvelle.html |