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L’Invention du Nunavut à Québec?

Le 10 et 11 mars prochain à l’Université Laval se tiendra un colloque intitulé " L’invention du Nunavut ". Des leaders politiques inuits dont Paul Quassa, le nouveau président de la Nunavut Tunngavik Inc, des hauts fonctionnaires du Gouvernement du Nunavut et du Ministère fédéral des affaires indiennes et du Nord se rendront dans la ville de Québec pour engager un dialogue avec la communauté scientifique internationale sur la mise au monde du nouveau territoire.

L’annonce de cette consultation a de quoi surprendre. À notre connaissance, c’est la première fois qu’une délégation aussi importante du Nunavut sera invitée au Québec, sinon dans la ville de Québec même, depuis son inauguration en avril dernier.

Depuis sa création, le Nunavut est courtisé par plusieurs provinces. Par exemple, d’importantes et très visibles délégations du Manitoba maintiennent un va et vient constant avec Iqaluit et Rankin Inlet. Le Nunavut a déjà ajusté ses horloges d’Est en Ouest sur l’heure de Winnipeg. Un des enjeux de ce rapprochement? L’approvisionnement du Nunavut à partir du port de Churchill au Manitoba.

On sent aussi le vent souffler ici d’Ontario et plus particulièrement en provenance de la région de la capitale nationale. On se souvient que des lobbies efficaces avaient réussi à convaincre la région de Baffin de mettre un terme à une coopération de près de trente ans avec les hôpitaux universitaires affiliés à l’Université McGill de Montréal pour les services de soins spécialisés de santé au profit de l’Institut de cardiologie d’Ottawa. Aujourd’hui on se rend compte que cette nouvelle entente coûte près de 12% plus cher au gouvernement du Nunavut et plusieurs critiquent vivement le manque d’encadrement des patients durant leurs séjours dans les hôpitaux d’Ottawa.

Les exemples foisonnent pour démontrer que Montréal n’est plus la métropole de l’Arctique comme au bon vieux temps où l’Institut de l’Arctique était toujours hébergé par l’Université McGill avant de transporter ses pénates en Alberta en 1978.

Autre exemple, depuis le déménagement des services de santé spécialisé de Baffin à Ottawa, les transporteurs aériens du Nord, First Air et Canadian North, maintenant tous deux propriétés de corporation inuites, ont cessé leurs vols directs sur Iqaluit à partir de Montréal.

Si on regarde du côté de la recherche nordique, un premier coup d’œil semblerait confirmer la même tendance. En 1997, sur 117 projets de recherche accrédités par l’Institut des sciences du Nunavut, seulement 12 provenaient du Québec. Sur ce nombre, 3 projets seulement provenaient d’universités francophones, en l’occurrence de la seule Université Laval.

Selon Bruce Rigby, le directeur de l’Institut des sciences du Nunavut, dans le domaine de la recherche scientifique la réalité est pourtant tout autre. Selon lui, l’Université Laval de Québec est maintenant l’université la plus structurée et compétente dans le domaine de la recherche nordique au Canada. Des groupes de travail multidisciplinaires sont en place depuis longtemps et des fonds de recherche importants ont récemment été alloués aux chercheurs de Laval. Dès la présente année, il se pourrait que des chercheurs québécois signent près de 50% des projets de recherche accrédités par l’Institut des sciences du Nunavut.

Le colloque " L’invention du Nunavut " a été mis sur les rails par la Faculté des sciences de l’administration de l’Université Laval. Harold Bherer en est l’initiateur. Spécialiste de l’entreprenariat en milieu autochtone au Canada, il a collaboré aux efforts du Secrétariat au Nunavut pour la mise en place du nouveau gouvernement. Le colloque qu’il organise ne fera que coiffer plusieurs années de recherches sur le Nord. Un des buts des organisateurs, c’est que la tenue de ce colloque soutienne et relance l’intérêt du milieu académique québécois pour une politique de recherche encore mieux ciblée sur les besoins réels des populations nordiques.

Le Québec est un voisin privilégié du Nunavut, ne serait-ce que parce que la plus grosse population inuite à l’extérieur du Nunavut y habite, ce qui y a suscité au cours des ans une expertise nordique précieuse. Pourtant, le Gouvernement québécois jusqu’ici n’a entrepris aucune initiative officielle de rapprochement avec son nouveau voisin nordique et ironiquement c’est en partenariat avec le Ministère fédéral des Affaires indiennes et du Nord que des représentants du Gouvernement du Nunavut et de la NTI entreprendront une première visite d’envergure au Québec.

Il est à souhaiter que ce bref échange entre chercheurs et politiciens du Nord dépasse le simple niveau des banalités claironnés par Ottawa depuis la création du Nunavut, du style " On leur a redonné leur pays! ". La rencontre de Québec devrait se pencher de plus près sur la problématique des communautés inuites d’aujourd’hui du point de vue de l’éducation, la santé, la justice, l’habitation, du développement durable et certainement de la culture et des communications.

Le fond de la question au Nunavut restant toujours : comment une culture minoritaire peut-elle survivre et même s’épanouir à plus long terme dans le cadre de l’État canadien? Il est clair que sous cet aspect, le milieu universitaire québécois a commencé à réfléchir depuis longtemps!


   
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